Business Book GP, « la voix française du business de la F1 »

5 juillet 2020 à 9:05 par Marc Limacher

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Marc Limacher F1

Marc Limacher est l’auteur du Business Book GP, l’indispensable ouvrage sur le business de la F1.

Son nom ne vous sera pas étranger, si vous êtes un lecteur régulier de Sportune. Spécialiste de la Formule 1 et plus encore de son business, fondateur et éditeur du site TomorrowNewsF1, Marc Limacher est d’abord pour nous, un collaborateur précieux et fidèle depuis une bonne paire d’années.

C’est lui l’éditeur derrière le Business Book GP, ouvrage de référence qui synthétise les chiffres et infos clés d’une saison dans les paddocks : salaires des pilotes, budgets et sponsors détaillés de toutes équipes, prédictions de la saison à venir… 2020 fête les dix ans du guide, au jour de la rentrée de la Formule 1 en Autriche, il nous explique son travail et donne son analyse sur une discipline qu’il juge en perte de vitesse. Pour de la F1, c’est une contradiction.

D’où et quand est parti le projet du Business Book GP ?

Marc Limacher : J’avais déjà commencé en 2008 et 2009 mais c’était très embryonnaire. A l’époque, il existait deux ouvrages : le Black Book F1 et le Formula Money. C’était très Anglais et à une période où, en F1, si l’info n’était pas « made in England », elle n’était pas certifiée. Je voulais donner une voix française à l’économie de la F1. Il est sorti le 25 avril 2010.

Le premier numéro a très bien marché, nous avons voulu continuer. Avec le temps, les infos ont commencé à de plus en plus s’affiner et le format a changé. En 2010, Ferrari avait fait un communiqué de presse sur son site web en disant : « Non, Fernando Alonso n’est pas le pilote le mieux payé du plateau », en citant le Business Book dedans. Ça a été « un moment de promo » pour le livre. Depuis les données sont régulièrement reprises. Par la presse, les pilotes pour négocier ou même servir à des occasions juridiques.

Sur quoi repose ton travail, quelle est la méthodologie ?

Marc Limacher : C’est axé sur trois étapes : une première avec énormément de veille, à partir du mois de juillet. Généralement les équipes commencent à travailler sur la saison d’après. Il faut suivre les tendances qui se dessinent. C’est de la recherche. La deuxième concerne l’analyse des chiffres des salaires et l’évaluation du sponsoring sur la base des informations que l’on nous obtient ou nous donne. Le reste du temps c’est de l’évaluation qui devient de plus en plus précise.

Qu’en pensent les acteurs de la Formule 1 ?

Marc Limacher : Pour les écuries, seul l’univers médiatique compte. Quand la direction de Mercedes annonce, en février, que par un investissement de 250 M€, l’impact média vaut 4,8 milliards, c’est un argument défendu devant le conseil d’administration. Le Business Book GP s’inscrit en ce sens. Pour parler d’un sport, où l’économie est au centre de tout.

La Formule 1 telle qu’elle existe aujourd’hui a été imaginée par Bernie Ecclestone, qui a été agent de Jochen Rindt, unique champion du monde à titre posthume de l’histoire, en 1970. Il a toujours regardé la transparence des sports américains en matière de salaires. Ça ne choque pas. Certains pilotent évoquent ouvertement les rémunérations ou même critique la chose. Beaucoup comprennent que cela fait partie du business.

Combien de personnes collaborent à l’édition du Business Book GP ?

Marc Limacher : Une douzaine au total ont collaboré depuis dix ans.

Et combien de temps vous faut-il pour le réaliser ?

Marc Limacher : L’édition en elle-même c’est un mois de travail, autrement c’est quasiment comme la conception d’une monoplace de F1, c’est-à-dire environ 9 mois de développement.

Combien de numéros se vendent chaque année ?

Marc Limacher : Près de 300 exemplaires en version pdf.

Ses données sont régulièrement reprises dans la presse étrangère. Sais-tu jusqu’où s’étend sa notoriété ?

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Marc Limacher : Il a été repris un peu partout, en Corée du Sud, en Alaska et d’autres pays improbables. Beaucoup de médias espagnols, en Allemagne et la Russie également. Certains aux Etats-Unis et Canada. En France bien sûr, ou au Brésil, Argentine et au Vénézuela. Quand il y avait Pastor Maldonado, la presse était à fond, tout ce que le guide proposait était repris.

Rassure-nous, cette édition 2020 du guide n’est pas ta dernière ?

Marc Limacher : J’y ai effectivement pensé. Dans mon esprit, les 10 ans devaient sonner la fin. Mais je vais bien continuer. J’en ai l’envie. Par contre, probablement sous un format différent. Déjà pour cette édition 2020, j’éditerais une version papier limitée à 25 exemplaires en Français et autant en Anglais.

Comment se porte la Formule 1 aujourd’hui ?

Marc Limacher : Elle arrive au bout d’un cycle. Les constructeurs commencent à réduire la voilure. Daimler a dit qu’en 2022 il ne financerait plus sont équipe châssis. Les écuries McLaren et Williams sont en crise de modèle. Haas a rajouté au pot cette saison, mais son avenir est en réflexion. Je pense que l’on arrive au bout du système. Que la vraie question qui se pose désormais est : Quel va être l’impact des droits télé sur les budgets des équipes ? Là, il y a des budgets plafonds, à 145 millions aujourd’hui d’un commun accord. Sauf qu’il y a du dégressif. Pour une équipe comme AlphaTauri, le budget va être de 105 M€. La future écurie Aston Martin aura 115 M€. Alfa Romeo a dit que ce sera 130 M€. Ce budget plafond est une très bonne idée, mais il y a des dizaines d’exceptions : salaires des pilotes, budget moteur, le marketing…

Prenons l’exemple de Mercedes et de son budget donc à 145 M€ pour 2021. Tu rajoutes 50 millions environs de la rémunération des deux pilotes, puis les trois plus hauts salaires, dont celui de Toto Wolf (le directeur de l’écurie) qui touche 12 M€ par an. L’ingénieur en chef James Allison et son homologue pour le moteur en gagnent 8. Le marketing, c’est 10 millions. Et également, la recherche et le développement. En moyenne, chaque équipe dépense 60 millions d’euros dans ce domaine. Résultat, nous sommes déjà à 300 millions. Donc rien ne change, les écuries continueront d’avoir autant de monde et de dépenser des sommes folles. Quand tu ajoutes toutes ces exceptions, elles ont des coûts qui sont incompressibles.

Comment la discipline a traversé la crise sanitaire ?

Marc Limacher : Elle se replie. La F1 est en crise depuis le départ des cigarettiers en 2007. Elle a raté le coche de ce que fait le foot arrive à réaliser aujourd’hui, sur le sponsoring de masse. Elle n’est plus capable d’obtenir un sponsor à 50 millions sur sa voiture. Le foot peut le faire pour son maillot. La F1 a été pendant trop longtemps associées aux cigarettiers qui versaient des sommes considérables. Les constructeurs ont compensé. Mais dès qu’un constructeur se retire, les écuries sont en difficultés. Aujourd’hui, la discipline ne fonctionne plus essentiellement, qu’avec les droits télé. La F1 cette année, c’est 1,5 milliards de chiffre d’affaires. Liberty considère que chaque Grand Prix rapporte 100 millions. Il y aura (normalement) 15 Grand Prix cette saison et dans cette somme 1,2 milliard son incompressibles des Accords Concorde (sorte de règlement général de la F1 à durée déterminée. L’échéance actuelle arrive à son terme, les négociations pour la suivante sont en cours).

Le Business Book GP pour la Formule E existera-t-il un jour ?

Marc Limacher : Ça fait deux ans que j’y pense, mais les données sont difficiles à obtenir. Maintenant ça se clarifie. Je commence à avoir une visibilité plus intéressante. Oui il va exister. Quand ? Je ne sais pas. Mais on commence à avoir des infos pertinentes.




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