Steven da Costa : « Je suis invité partout. Des fois pour n’importe quoi » [Entretien]

27 octobre 2021 à 13:05 par Thomas

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Staven Da Costa entretien
Steven da Costa n’aura peut-être pas la chance de défendre son or olympique, à Paris. Sa déception ne lui fait pas oublier la magie de ce titre olympique décroché au mois d’août, à Tokyo.

Steven da Costa est un frais champion olympique. A tous les sens du mot, dans la récence de sa performance, et parce qu’il l’admet bien volontiers : « Je suis sans filtre ». A 24 ans, le jeune homme croque sa nouvelle vie à pleine dents sans penser, encore, à ce qu’il fera pour la suite. Ce ne sera plus pour défendre sa médaille olympique, puisque le karaté sera absent des épreuves à Paris, en 2024.

Steven da Costa l’a toujours amère, mais il sait désormais son combat perdu d’avance. Sa performance à Tokyo lui offre d’autres motifs de satisfaction, notamment d’avoir été élevé au rang de Chevalier de la légion d’honneur, par le président de la République. « Cette distinction est aussi belle que la médaille d’or », admet-il, sans calcul ni retenue dans l’entretien qu’il nous a accordé, à l’occasion du Sportel à Monaco. Aussi à l’aise face aux médias que sur un tatami, Steven da Costa est nature. Ce fut un régal pour nous, d’échanger avec lui…

Quel est votre vie, depuis votre sacre olympique le 5 août dernier ?

Steven da Costa : La même, sauf qu’il y a énormément de sollicitations

Vous vous étiez entouré avant cette olympiade ?

Steven da Costa : Ça fait deux ans maintenant, que je bosse avec Maxime. Au départ en tant qu’attaché de presse, pour ma communication. Mais maintenant, il se retrouve à tout gérer, sinon c’est compliqué pour moi.

Vous aviez déjà des sollicitations avant ?

Steven da Costa : Oui, car j’étais le seul Français qualifié, pour les JO. C’est pour ça que j’ai bien fait de m’entourer, il y a une relation de confiance, je le laisse gérer et aujourd’hui c’est un grand soulagement.

« Je parle facilement devant tout le monde »

Aujourd’hui vous en recevez beaucoup ?

Steven da Costa : Enormément. Si je faisais tout, je n’aurai pas un jour dans la semaine. Je suis invité partout. Des fois pour n’importe quoi. C’est magique, mais je ne peux pas tout faire.

Et répondre aux médias ça vous plaît ?

Steven da Costa : Avec moi, il n’y a pas de problème. Je suis sans filtre, je parle facilement devant tout le monde.

Les gens désormais vous reconnaissent ?

Steven da Costa : De plus en plus. Bon je ne suis pas Cristiano Ronaldo, mais certains dans la rue m’arrêtent en se souvenant qu’ils m’ont vu quelque part (rire).

C’est sympa ces témoignages ?

Steven da Costa : Oui, toujours. Parce que les gens qui viennent te voir sont bienveillants. Ça fait toujours plaisir.

Dans la vie vous travaillez à la SNCF, sur la ligne C du RER…

Steven da Costa : Je suis en train de voir pour me faire muter dans l’Est, mais oui je suis agent commercial sur la ligne C.

Comment y êtes-vous rentré, par le prisme du sport ?

Steven da Costa : J’ai passé les entretiens normaux et derrière j’ai bénéficié du contrat sportif (pacte de performance). Je suis détaché à 70%.

« A un moment donné il fallait que je fasse quelque chose de ma vie »

C’est eux qui vous ont démarché ?

Steven da Costa : Même pas, c’est moi. A un moment donné il fallait que je fasse quelque chose de ma vie. J’allais à la fac, mais ça ne me plaisait pas.

Que vouliez-vous faire à la base ?

Steven da Costa : Je voulais être prof de sport. Sauf qu’au final avec mon sport, je n’étais pas énormément présent à la fac. Derrière il me fallait une sécurité, si j’en venais à me blesser ou que ça ne me plaise plus.

Il y a un gros contingent d’athlètes comme vous à la SNCF…

Steven da Costa : Oui, nous sommes une vingtaine

C’est quoi votre fréquence à la SNCF ?

Steven da Costa : Je travaille une cinquantaine de jours dans l’année. Comme je ne suis pas souvent là, je ne remplis pas le taf à 100%, mais je pense que je suis un peu de sang neuf dans les équipes.

« J’ai un beau projet (de sponsoring) en discussion »

Avant le titre c’était quoi votre quotidien ?

Steven da Costa : Entraînement le matin, sieste l’après-midi et entraînement le soir. Ça ressemblait beaucoup à ça.

Avez-vous des sponsors qui vous suivent ?

Steven da Costa : La SNCF évidemment, en tant qu’employeur. J’ai également VISA et là j’ai un beau projet en discussion.

« Chevalier de la légion d’honneur, c’est une fierté »

Qu’est-ce que vous aimeriez faire désormais ?

Steven da Costa : C’est une bonne question. Je n’en ai aucune idée. Je vais commencer à préparer l’avenir, mais pour l’instant je ne sais pas.

Vous avez été l’involontaire victime de la pire bascule de la télévision (France Télévision a changé de chaîne au moment pile où il marquait ses premiers points)…

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Steven da Costa : (Il soupire) Mais oui, j’en ai entendu parler. Mon père il a pété les plombs. Eux ne pouvaient pas venir et quand ça a coupé, j’étais en feu. Honnêtement, ils (à France TV, ndlr), ont un peu merdé.

Les mondiaux de karaté arrivent, comment s’y remet-on ?

Steven da Costa : C’est la misère. Il y a l’envie, mais pas le temps. C’est trop tôt et trop dur de se remettre dedans tout de suite. J’ai pas le choix. Je vais y aller pour gagner, comme toujours, mais je ne pars pas dans les meilleures conditions.

Vous avez rencontré Emmanuel Macron, qui vous a délivré la légion d’honneur. C’est pas mal ça aussi, non ?

Steven da Costa : Pour moi cette distinction est aussi belle que la médaille d’or. Chevalier de la légion d’honneur, c’est une fierté.

Deux mois après, avez-vous digéré le fait que le karaté ne sera pas une discipline olympique à Paris ?

Steven da Costa : (Il réfléchit). Digéré, oui. Je n’ai pas le choix en fait. Digéré oui, mais accepté non.

Suivrez-vous ces prochains JO de Paris 2024 ?

Steven da Costa : Bien sûr, les Jeux restent les Jeux. Peut-être que j’aurai un autre rôle sur Paris 2024, en tant que champion olympique. Mais malheureusement pas dans le karaté. C’est triste pour le sport, pour tous les jeunes qu’il y a derrière. On a une fédération énorme, 300 000 licenciés, c’est forcément dommage.

« Je viens de la recevoir (la prime). Je vais peut-être m’acheter une voiture. Ou la placer »

Si on vous disait d’échanger vôtre médaille d’or de Tokyo, pour le retour du karaté à Paris…

Steven da Costa : (Il rigole) Ahah, c’est pas mal comme question! Franchement je ne sais pas. Je me bats pour les autres, parce que je ne suis pas égoïste. Je pourrai me dire que la médaille je l’ai et que je m’en fous, mais je le fais parce que ça mérite et que je pense aux autres. Mais de là à rendre ma médaille… Si on me dit : « Tu rends ta médaille pour la gagner à Paris », alors là, oui!

La prime gouvernementale (65 000€ pour l’or, ndlr), l’avez-vous reçu ? Et si oui, qu’allez-vous en faire ?

Steven da Costa : Je viens de la recevoir. Je ne sais pas encore ce que je vais en faire. Peut-être m’acheter une voiture. Ou la placer. J’ai acheté ma maison, il y a trois ans.

Où vivez-vous ?

Steven da Costa : A Mont-Saint-Martin, à la frontière de la Belgique et du Luxembourg. C’est le rond-point des trois frontières, chez moi.

La famille compte beaucoup pour vous ?

Steven da Costa : Oui, oui. Mes parents sont mes voisins. J’ai acheté à côté.

Et là-bas, vous êtes devenus une icône locale ?

Steven da Costa : Sur toutes les communes voisines, les bus… C’est fou. Ils ont fait des bus incroyables.

Maintenant que vous avez acquis de la notoriété, pourriez-vous embrasser une carrière dans les médias ?

Steven da Costa : Pourquoi pas, comme consultant. Pour Paris 2024 par exemple. Mais pas à plein temps, à la pige seulement. Il faudrait sinon que je parte de chez moi et ça je n’y tiens pas. Je suis parti 7 ans déjà à Paris, je ne suis pas chez moi.

Vous vous voyez longtemps dans le sport ?

Steven da Costa : Je ne sais pas. Tant que ça marche je serai là.

Avec le reste de la délégation française, vous vous entendez comment ?

Steven da Costa : C’est cool. Quand t’es médaillé, tu te vois sur tellement d’événements. J’en connaissais certains d’avant, j’ai fait plusieurs fois les Etoiles du sport.

Vous avez deux frères, vous êtes tous en équipe de France, y’a-t-il un peu de jalousie de leur part de vous savoir champion olympique ?

Steven da Costa : Du tout. Quand un gagne, toute la famille gagne. On s’entraîne ensemble, on partage l’équipe de France, on vit presqu’ensemble. On est dans trois catégories différentes, il n’y a pas de concurrence.

Quelles sont les catégories ?

Steven da Costa : – 67 kg, – 75 kg et – 80 kg.

Qui est chez les – 80 kg ?

Steven da Costa : Mon frère jumeau. C’est lui le plus grand de la famille. Il ne me met pas une tête, mais presque.

Et vous vous ressemblez physiquement ?

Pas trop, mes deux frères se ressemblent plus entre eux. Certains pensent parfois que ce sont eux les jumeaux.




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